Cette image a été ressortie à l'occasion de la publication du roman Celui qui disait non d'Adeline Baldacchino (Fayard 2018). Il raconte une histoire d'amour entre un homme et une femme pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un homme dont il existe une photo de lui perdu dans la foule sur le quai d'un chantier naval à Hambourg en 1936. Il est le seul à refuser de saluer Hitler.


Les 3 systèmes


Richesses, Pouvoirs et Cultures doivent être mis en perspective de l'Histoire et de leurs propres relations réflexives. Ils s'auto alimentent tous en continu pour agir en Systèmes nationaux imbriqués - Economiques, Politiques et Intellectuels - eux même connectés au niveau international.

HISTOIRE

De Gaulle passant en revue une unité des Forces Françaises libres à Londres en 1942. L'honneur d'un pays repose sur les épaules de peu monde.

Préalable : comprendre la complexité et les lois de l'Histoire dont, si l'on veut être provocateur on apprends jamais rien même en la connaissant.

« Nul ne peut gouverner utilement un pays sans avoir le sens de l’Histoire, c’est à dire le sens du tragique et l’ambition d’y survivre » déclare un jour de juillet 2020 Jacques Attali sous forme de critique. 

Sans même vouloir gouverner, l'étude de l'Histoire, qui ne se répète peut-être pas mais qui bégaye, améliore la compréhension du déroulement des affaires du monde.

Comment fonctionne l'Histoire ? Quelques règles à connaitre :

A l'Ecole, l'enseignement porte sur l'apprentissage d'un peu d'histoire mais pas vraiment sur comment on écrit l'histoire ni qui le fait ? Les écoliers absorbent ce qu'on leur propose. 

Deux façons de voir les choses se complètent :
-la transmission d'un roman national, c'est à dire une sorte de conte cohérent, compréhensible portant sur une période d'apprentissage raisonnable. Grâce à ce roman commun, établi à partir de l'histoire scientifique du moment mais aussi et surtout de mythes, la coopération entre citoyens se renforce.
-l'étude scientifique de faits par des spécialistes, généralement par période, dont la capacité de production et sa fiabilité (datation) se développent depuis plusieurs décennies.

Depuis l'apparition d'Internet, les échanges entre chercheurs explosent et de nouvelles disciplines ressortent :

-l'Histoire globale [1] dont l'ambition est de dépasser les compartimentages nationaux et de rechercher les connexions, les interactions ou les bifurcations à différentes échelles.

-La cliodynamique, domaine de recherche transdisciplinaire qui intègre l'évolution culturelle, l'histoire quantitative/cliométrie/, la macrosociologie, la modélisation mathématique des processus historiques sur le temps long, et la construction et l'analyse de bases de données historiques [2]

-L'Historionomie, démarche, qui consiste à repérer dans le passé des schémas récurrents [3]

Mais selon le sociologue Gérald Bronner, depuis la dérégulation du marché de l'information, "C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité que toutes les propositions intellectuelles sur le réel, toutes les représentations du monde se trouvent en concurrence frontale" [4]. Chacun peut réinventer l'Histoire en fonction de ses intérêts ou de ses croyances.

On dit souvent que l'Histoire est écrite par les vainqueurs : les Romains par exemple. L'histoire n'étant pas une science, sa subjectivité incite à la prudence car les remises en cause reviennent souvent minant la crédibilité de ceux qui l'enseignent. Sans aucun doute, c'est grâce à l'étude de l'Histoire, que l'on apprend à connaître l'origine des Richesses et comment sont apparus les Pouvoirs exerçants leur influence dans le monde.

Nous avons tendance à ne percevoir dans l'histoire que ce qui s'effondre et meurt, presque jamais ce qui surgit et prend vie. Il faut donc connaitre l'histoire des #Richesses, des #Pouvoirs et des #Cultures pour identifier comment les interactions fonctionnent. Les boucles d'interaction restent souvent valables à travers le temps.

[1] Histoire globale selon Wikipedia
[2] Approche inventée par Peter Turchin, né en 1957, anthropologue évolutionniste russo - américain
[3] Approche utlisée en France par Philippe Fabry. Elle fut celle du grand historien Arnold J. Toynbee 
[4] Inteview du sociologue Gérald Bronner dans L'Express du 20 avril 2019 par Claire Chartier : La défense de la rationalité est la grande aventure intellectuelle de notre temps

RICHESSES & POUVOIRS

One Ring to bring them all and in the darkness bind them.
Un Anneau pour les gouverner tous, un Anneau pour les trouver,
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. De J.R.R. Tolkien 

Quels sont les liens entre richesses et pouvoirs ? 

Comment se mettent-ils en place ? Les représentants des pouvoirs (#Etats-nations et #Institutions) peuvent-ils être indépendants des plus riches ou des plus talentueux ? Les liens n'existent pas hasard. Ils existent juridiquement. 

Les pouvoirs sont du ressort des Etats ou d'Entreprises privées : L'Etat contrôle par les lois, les nominations et l'actionnaires ou les dirigeants contrôlent par la détention du capital et des droits de vote.

Plus un système devient complexe, plus il est difficile de le contrôler y compris pour les plus riches [1]. Alors dans ce cas qui détient vraiment le pouvoir ? Et si personne ne le détient, est ce une bonne nouvelle pour la démocratie ou bien est-ce dangereux ?

Tout ceci résulte de l'histoire de la culture des membres du système. Ce sont donc les liens entre culture & pouvoirs et culture & richesses qui détermineront les possibles.

[1] On pourrait prendre l'exemple d'une grande banque mutualiste dont les représentants régionaux ne peuvent pas vraiment contrôler ce que font les filiales internationales du véhicule coté en bourse qu'elles détiennent.

POUVOIRS & CULTURES

Jackie-Kennedy avec le ministre francais des affaires culturelles André Malraux le 11 mai 1962 à la Maison Blanche à Washington. 

Quels sont les liens entre Pouvoirs & Cultures ?

Quelle est la justification de l'existence d'un Ministère de la Culture ? Les fondations, créations des plus riches. Le soft power. Education ou culture ?

Par le pouvoir de l'information, presque exclusivement, celui qui le détient, influence et fait évoluer une partie de la culture : la façon d'être et de penser sont concernées. Peu de cultures ont bénéficié d'une expansion majeure depuis plusieurs centaines d'années :
- celle des empires coloniaux (Angleterre et France) jusque dans les années 70
- celle de l'Amérique à travers une américanisation "soft" du monde par Hollywood et la Silicon Valley après la fin de la guerre froide à partir des années 1990
- celle de l'influence de diasporas beaucoup moins fortes (chinoise, arabe, etc et souvent limitée aux grandes villes mondiales) mais fluctuante depuis des siècles.

Les Etats-nations, par le truchement de la Diplomatie, des Normes, et les industries de l'information (Télécoms & Medias) permettent de diffuser de la culture. On parle de "Soft Power".

Selon les cas, l'influence peut-être plus ou moins forte. La philosophie, les loisirs, la façon de vivre et de manger peuvent être considérablement orientés en quelques années seulement. Mc Donald's et quelques autres firmes américains ont contribué à diffuser de mauvaises habitudes alimentaires pendant des décennies. 

CULTURES & RICHESSES

Peinture de Ottavio Vannini (1638-1642, Palais Pitti, Florence). Laurent de Médicis entouré d’artistes rencontre Michel-Ange. La famille Médicis est une famille dite « patricienne » qui exerça sa domination sur Florence entre le XVème et XVIème siècle. 

Quels sont les liens entre Cultures et Richesses ? 

La culture doit se révéler aussi forte que les Richesses ou les Pouvoirs pour résister à leurs mutations imposés par le progrès.

Avec le digital, les nations vont se découpler progressivement du territoire physique. La nationalité peut d'ores et déjà se vivre n'importe où à travers le digital (langues, cinéma, lecture) et aux échanges de marchandises (vêtements, alimentation).

L'Etat doit-il tolérer une diversité culturelle ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Se pose aussi la question de la lignée. Faut-il poursuivre une forme d'héritage ou désormais choisir, ce qui pose la question du comment, sa religion, son métier, sa cuisine...

Ce seront les peuples capables de préserver l’art de vivre et de le cultiver de manière plus intense , capables aussi de ne pas se vendre pour assurer leur subsistance, qui seront en mesure de jouir de l’abondance le jour où elle sera là 

a déclaré John Maynard Keynes

SYSTEMES ECONOMIQUES

Communisme, Socialisme d'Etat, Capitalisme (d'Etat, d'Entrepreneurs, Ultralibéral, Mixte, Privatisé) 

Définition


Le système économique organise la production, la distribution et la consommation des #Richesses à travers les #Entreprises, les #États-nations et des #Institutions. Il répond à une question simple en apparence : qui produit quoi, pour qui, et comment se répartit la valeur créée ? De la réponse à cette question découlent des modèles radicalement différents qui ont façonné le XXème siècle.

 

Au cœur de tout système économique se trouve un mécanisme de coordination. Dans une économie de marché, ce sont les prix. Dans une économie planifiée, c'est l'État. En pratique, aucun système n'a jamais fonctionné sous une forme pure. Même les États-Unis, temple du libéralisme, subventionnent massivement leur agriculture et leur industrie de défense. Même la Chine communiste a lâché la bride à ses entrepreneurs dès 1978 avec les réformes de Deng Xiaoping.

 

Variantes

 

Il n'existe pas un capitalisme mais plusieurs, et cette diversité est souvent ignorée dans le débat public :

 

Le capitalisme d'entrepreneurs repose sur l'initiative individuelle, la prise de risque et l'innovation. C'est celui de la Silicon Valley, des start-ups, mais aussi des PME familiales européennes. Il crée de la valeur et de l'emploi mais génère des inégalités fortes entre ceux qui réussissent et les autres.

 

Le capitalisme d'État confie aux pouvoirs publics un rôle d'actionnaire et de stratège industriel. La France gaulliste, Singapour, la Chine actuelle en sont des exemples. Il permet de protéger des secteurs stratégiques (#Énergie, #Transport, #Force) mais tend à la bureaucratie et au clientélisme.

 

Le capitalisme financiarisé (ou ultralibéral) donne la priorité aux actionnaires et aux marchés #Finance. Dominant depuis les années 1980 dans le monde anglo-saxon, il a produit une efficacité remarquable dans l'allocation du capital mais aussi les crises de 2001 et 2008, l'explosion des inégalités et une vision court-termiste incompatible avec les enjeux écologiques.

 

Le capitalisme mixte (modèle scandinave, rhénan) tente de concilier marché libre et protection sociale forte. Il produit des sociétés parmi les plus égalitaires et les plus heureuses du monde mais reste fragile face à la mondialisation et à la concurrence fiscale.

 

Le communisme et le socialisme d'État ont constitué l'alternative majeure au capitalisme pendant le XXème siècle. L'URSS et la Chine maoïste ont montré qu'un système planifié pouvait industrialiser un pays à marche forcée, mais au prix de libertés individuelles détruites, d'une inefficacité chronique et, dans les cas extrêmes, de famines et de répressions de masse. Le communisme soviétique s'est effondré en 1991. Le communisme chinois s'est transformé en capitalisme d'État autoritaire.

 

Limites

 

Le système économique capitaliste, sous toutes ses formes, bute aujourd'hui sur plusieurs contradictions :

 

Il ne sait pas intégrer les coûts écologiques. Le PIB mesure la production mais pas la destruction de la #Biosphère. Une marée noire augmente le PIB (il faut nettoyer) tout en détruisant des richesses naturelles irremplaçables. Tant que la comptabilité #Règles ne changera pas, le système restera aveugle à sa propre destruction.

 

Il génère des inégalités croissantes. Thomas Piketty a montré que, sur longue période, le rendement du capital dépasse la croissance économique (r > g), ce qui concentre mécaniquement les #Richesses entre les mains des #Grandes Fortunes. Sans redistribution volontariste par les #Lois, le système produit des oligarchies.

 

Il est devenu trop complexe pour être piloté. La financiarisation, la mondialisation des chaînes de valeur et la vitesse de l'#Information rendent tout système économique national partiellement incontrôlable. Les banques centrales #Monnaie naviguent à vue. Les gouvernements subissent plus qu'ils ne dirigent.

 

Sans rien d'autre, sans système politique pour l'encadrer ni système intellectuel pour le questionner, le système économique n'est que le triomphe de la technique sur la réflexion.

 

Interactions

 

Le système économique ne fonctionne pas seul. Il dépend du système politique pour fixer les #Lois, arbitrer les conflits et redistribuer. Il dépend du système intellectuel pour produire les idées qui le légitiment ou le contestent : Adam Smith, Marx, Keynes, Hayek, Piketty - chaque époque a ses penseurs qui façonnent les politiques économiques de la suivante. Et il dépend des #Cultures pour être accepté : un système économique perçu comme injuste par la #Population finit toujours par être renversé, réformé ou contourné.



SYSTEMES POLITIQUES

Républiques à régime présidentiel ou parlementaire, Monarchies parlementaires, Républiques à parti unique, Monarchies constitutionnelles ou absolues, Dictatures, Régimes totalitaires. 

Définition


Le système politique organise la conquête, l'exercice et la transmission du pouvoir au sein d'un #État-nation. Il répond à une autre question fondamentale : qui décide, au nom de qui, et comment le remplace-t-on ? C'est le système le plus visible, celui qui occupe l'essentiel de l'espace médiatique #Information, mais ce n'est pas nécessairement le plus puissant.

 

Un système politique repose sur trois piliers : la légitimité (pourquoi les gouvernés acceptent-ils d'obéir ?), les institutions (comment le pouvoir est-il organisé et limité ?) et la succession (comment passe-t-on d'un dirigeant à l'autre sans chaos ?). Quand l'un de ces trois piliers s'effondre, le système entre en crise.

 

Variantes

 

La démocratie libérale - élections libres, séparation des pouvoirs, État de droit - est le modèle dominant en Occident depuis 1945. Sous sa forme présidentielle (États-Unis) ou parlementaire (Royaume-Uni, Allemagne), elle a produit les sociétés les plus prospères et les plus libres de l'histoire. Mais elle est lente, fragile face à la démagogie, et suppose un niveau d'éducation et de confiance institutionnelle que toutes les sociétés ne possèdent pas.

 

La démocratie illibérale est la variante montante du XXIème siècle. Des dirigeants élus démocratiquement s'affranchissent progressivement de l'État de droit, musèlent la presse, affaiblissent la justice et instrumentalisent les #Religions ou le nationalisme. Hongrie, Turquie, Inde illustrent cette tendance. Les élections existent mais le jeu est biaisé. Ce modèle séduit car il promet de l'efficacité sans la lenteur démocratique.

 

Le régime autoritaire à parti unique (Chine, Vietnam, Singapour dans une moindre mesure) sacrifie les libertés politiques au nom de la stabilité et du développement économique. Le cas chinois est le plus spectaculaire : 800 millions de personnes sorties de la pauvreté en quarante ans, mais au prix d'une surveillance de masse, d'une absence totale de liberté d'expression et d'une fragilité structurelle liée à l'absence de mécanisme de correction - quand le parti se trompe, personne ne peut le dire.

 

Les monarchies subsistent sous des formes très variées : constitutionnelles et démocratiques (Royaume-Uni, Japon, Espagne), absolues (Arabie Saoudite), ou hybrides. Les monarchies du Golfe sont un cas fascinant : des systèmes politiques archaïques en apparence qui gèrent des économies ultramodernes adossées au pétrole #Énergie.

 

Les dictatures et régimes totalitaires n'ont pas disparu. Corée du Nord, Érythrée, Birmanie montrent que le pouvoir par la #Force brute reste possible au XXIème siècle, même si ces régimes sont généralement pauvres, isolés et instables sur longue durée.

 

Limites

 

Les grandes démocraties occidentales vieillissent mal. Plusieurs symptômes convergent :

 

Le court-termisme. Un cycle électoral de quatre ou cinq ans est incompatible avec des enjeux qui se déploient sur des décennies : transition énergétique, vieillissement démographique, dette publique. Les élus prennent des décisions pour être réélus, pas pour préparer l'avenir.

 

La gérontocratie. L'âge moyen des dirigeants occidentaux ne cesse d'augmenter. Biden avait 78 ans à son investiture, Trump 78 à sa seconde. Les parlements sont peuplés de professionnels de la politique qui n'ont souvent jamais exercé un autre métier. Le renouvellement des élites est en panne.

 

L'effondrement des partis politiques. Devenus des coquilles vides, de simples machines électorales, ils ont été supplantés dans leur rôle d'élaboration des idées par les lobbies, les think tanks et les réseaux sociaux. Le citoyen n'a plus de lieu intermédiaire pour penser collectivement.

 

La confrontation entre philosophie politique et idéologie politique résume la tension fondamentale. L'idéologie prétend détenir la vérité, faire programme et donner le sens, elle relève de la croyance. La philosophie politique s'attache à demeurer dans l'argumentation et le doute. Mais dans le brouhaha médiatique actuel, c'est l'idéologie qui l'emporte presque toujours car elle est plus simple à communiquer.

 

Interactions

 

Le système politique dépend du système économique pour financer les services publics, redistribuer les #Richesses et maintenir la paix sociale. Quand l'économie va mal, le système politique vacille. La République de Weimar n'a pas survécu à l'hyperinflation et au chômage de masse.

 

Il dépend du système intellectuel pour sa légitimité théorique. Les Lumières ont fondé la démocratie moderne. Le marxisme a fondé le communisme. Le néolibéralisme a reconfiguré les démocraties occidentales à partir des années 1980. Sans production intellectuelle, un système politique n'est qu'un rapport de #Force sans justification.

 

Et il dépend des #Cultures bien plus qu'il ne l'admet. La démocratie à l'occidentale n'est pas un modèle universel exportable partout. Elle est le produit d'une histoire spécifique - la Grèce antique, le christianisme, les Lumières, les révolutions - et fonctionne mal quand elle est plaquée sur des sociétés dont les #Us & Coutumes, les #Religions et les structures sociales reposent sur d'autres fondements. L'échec des tentatives d'exportation démocratique en Irak, en Libye ou en Afghanistan l'a douloureusement démontré.




SYSTEMES INTELLECTUELS

Philosophies morales, sciences politiques, doctrines religieuses. Scène étonnante de présentation des nombreuses religions et courants philosophiques terriens à un ambassadeur extra-terrestre (Série Babylone 5, de Joe Michael Straczynski, 1993-1998)

Définition


Le système intellectuel est le moins visible des trois mais le plus déterminant sur le long terme. C'est lui qui produit les idées à partir desquelles les systèmes économique et politique se construisent, se justifient ou se contestent. Il répond à la question la plus difficile : comment devrait fonctionner le monde ?

 

Il se nourrit de trois sources : les faits établis par la #Science, les idées forgées par la philosophie et les sciences sociales, et les croyances transmises par les #Religions et les #Cultures. Ces trois sources cohabitent, se complètent et s'affrontent en permanence. Le résultat de cet affrontement — ce qu'une société tient pour vrai, juste et souhaitable à un moment donné — constitue son système intellectuel.

 

Variantes

 

Le rationalisme scientifique, héritage des Lumières, place la raison et l'observation au centre de la connaissance. C'est le socle intellectuel de l'Occident moderne. Il a produit la méthode scientifique, la médecine moderne, la technologie. Mais il a aussi produit l'arme nucléaire, et il peine à répondre aux questions de sens que les individus se posent — d'où le retour du religieux dans des sociétés qu'on croyait sécularisées.

 

Les doctrines religieuses n'ont jamais cessé d'être des systèmes intellectuels puissants. L'Islam politique, l'évangélisme américain, le nationalisme hindou montrent que la religion structure encore la pensée politique de milliards d'êtres humains. La thèse de la sécularisation progressive - plus une société se développe, plus elle abandonne la religion -s'est révélée largement fausse en dehors de l'Europe occidentale.

 

Les grandes idéologies politiques du XIXème et du XXème siècle (libéralisme, socialisme, communisme, fascisme, nationalisme) continuent de structurer le débat même si elles sont souvent invoquées sans être comprises. Un paradoxe du XXIème siècle : tout le monde se réclame de valeurs (liberté, égalité, justice) mais personne ne lit plus les penseurs qui les ont fondées. Le débat public fonctionne sur des slogans hérités d'idéologies dont la substance s'est évaporée.

 

Les pensées non occidentales constituent un angle mort majeur. La philosophie chinoise (confucianisme, taoïsme, légisme), la pensée indienne, les sagesses africaines produisent des visions du monde profondément différentes de la tradition gréco-romaine et chrétienne. Or ces visions sont à l'œuvre dans des pays qui pèsent de plus en plus dans le système mondial. Comprendre la Chine sans comprendre Confucius, ou l'Inde sans comprendre le dharma, c'est se condamner à ne voir du monde que la moitié.

 

Limites

 

Le système intellectuel contemporain souffre de trois maux.

 

La fragmentation. Depuis la dérégulation du marché de l'#Information, comme le note le sociologue Gérald Bronner, toutes les propositions intellectuelles sur le réel se trouvent en concurrence frontale pour la première fois dans l'histoire de l'humanité. Un prix Nobel de physique et un complotiste sur YouTube disposent théoriquement de la même audience. Le filtre de la crédibilité institutionnelle (universités, académies, presse de référence) s'est effondré sans être remplacé.

 

L'hyper-spécialisation. Les #Sciences produisent un volume de connaissances sans précédent mais de manière si fragmentée que plus personne ne fait la synthèse. Les économistes ignorent les historiens, les climatologues ne parlent pas aux politologues, les philosophes ont déserté le débat public au profit d'experts autoproclamés. Or c'est précisément la synthèse entre disciplines qui produit les idées capables de transformer les systèmes.

 

La confusion entre penser et décider. Un système intellectuel produit des idées, un système politique prend des décisions. Quand les intellectuels veulent gouverner (technocratie) ou quand les politiques se passent d'idées (populisme), le résultat est également désastreux. L'articulation entre les deux — transformer une idée en politique publique sans la dénaturer — est l'un des défis les plus mal résolus de nos démocraties.

 

Interactions

 

Le système intellectuel alimente les deux autres en continu, souvent avec un décalage temporel considérable. Adam Smith publie La Richesse des Nations en 1776 ; il faut attendre un demi-siècle pour que le libre-échange devienne la doctrine dominante en Angleterre. Marx publie Le Capital en 1867 ; la première révolution marxiste a lieu cinquante ans plus tard. Keynes théorise l'intervention étatique dans les années 1930 ; ses idées structurent les politiques économiques jusqu'aux années 1970. Hayek et Friedman contestent Keynes dans les années 1950-1960 ; le néolibéralisme triomphe dans les années 1980 avec Thatcher et Reagan.

 

Ce décalage est à la fois une force et un danger. Une force car il laisse le temps de tester, de débattre, de raffiner. Un danger car quand une idée s'impose enfin en politique, le monde a parfois changé au point de la rendre inadaptée. Le néolibéralisme appliqué en 2008 n'était plus celui pensé en 1960.

 

Le système intellectuel est aussi le seul des trois qui puisse prendre du recul sur l'ensemble. Le système économique est pris dans la logique de la production. Le système politique est pris dans la logique du pouvoir. Seul le système intellectuel - quand il fonctionne - peut poser la question : ce que nous faisons a-t-il un sens ? Chez les Grecs, ceux qui n'avaient pas de culture étaient considérés comme les citoyens les plus dangereux. Deux millénaires plus tard, le constat reste valable.



DIEU ET PRESIDENT AMERICAIN


Extrait de la série américain The West Wing (Episode Two Cathedrals ending)

Il montre l'importance de Dieu pour un Président américain. 

Le Président des Etats-Unis Bartlet (interprété par Martin Sheen) s'en prend directement à Dieu. Il l'invective, lui demande ce qu'il a fait de si terrible pour s'acharner ainsi sur lui, de manière aussi injuste. En réponse, il n'aura droit qu'à un silence. Sa décision de se représenter pour un nouveau mandat, se joue ici.







RELATIONS RUSSIE ETATS UNIS


Le fou rire mythique de Bill Clinton et Boris Eltsine lors d'une conférence de presse à New York en 1995

Yeltsine (aux journalistes): "Hier, vous écriviez que le meeting d'aujourd'hui entre Président Clinton et moi allait être un désastre. Eh ben laissez-moi vous dire aujourd'hui que c'est vous, le désastre." 

Clinton (à 1:02, aux journalistes): "Faites bien attention à qui vous attribuerez ces propos" (sous-entendu: n'écrivez pas que c'est moi qui ai dit ça)